Présent lors des Jeux Olympiques d’Hiver de 1924 à 1948, le
ski-alpinisme de compétition fera sa réapparition aux Olympiades 2026. Certes,
cela apportera une visibilité pour ce sport, mais on est très loin de l’essence
même du ski-alpinisme.
Qu’est-ce que le ski-alpinisme de compétition ?
Le ski-alpinisme de compétition, appelé aussi ski de randonnée ou
course à « peaux de phoque » consiste à parcourir des itinéraires en
montagne sous forme chronométrée. Les dénivellations proposées sont très
variées. Il y a fréquemment plusieurs montées et plusieurs descentes. Certaines
compétitions sont plus techniques que d’autres, par exemple il peut y avoir des
portages (les skis sont portés sur le sac de montagne) dans de raides couloirs.
Les épreuves sont par équipes (2 ou 3 participants par équipe) ou sous forme
individuelle.
Le ski-alpinisme de compétition est un sport complet qui exige les
compétences suivantes :
-
Techniques des montées à peaux de phoque dont des
conversions dans les pentes plus raides
-
Techniques pour les descentes à skis
-
Techniques de l’alpinisme, par exemple pour les
montées avec les crampons et l’encordement
-
Techniques dans les aires de change pour passer
de la montée à la descente et vice-versa
-
Qualités d’endurance, certaines compétitions
durant plusieurs heures
-
Adaptation aux conditions naturelles (froid,
chaleur, vent, changements de température et climatiques)
-
Capacités mentales
Historique international du ski-alpinisme de compétition
En 1924, aux Jeux Olympiques d’hiver, des épreuves de ski de montagne
ont eu lieu, sous forme de patrouilles militaires avec une montée à peaux de phoque
et une descente en ski alpin. Ces épreuves resteront jusqu’en 1948. Le
ski-alpinisme de compétition s’est fortement développé dans de nombreux pays (avec
38 nations affiliées) dont la Suisse. En 2020, le ski-alpinisme de compétition
a été intégré aux Jeux Olympiques de la jeunesse à Villars-Gryon. Ce sport
retrouvera les Jeux Olympiques d’hiver en 2026 à Milan-Cortina avec trois
épreuves, le sprint masculin, le sprint féminin et le relais mixte.
Dans les années 1950 se déroulaient déjà des courses de plusieurs
jours. A cette époque, l’endurance et l’amitié prévalaient sur le temps
chronométré. En 1986 est née La Pierra Menta, épreuve emblématique avec de
nombreux passages techniques et se déroulant s’étalant sur plusieurs jours. En
1992, la Coupe d’Europe voir le jour et en 1998 le ski-alpinisme de compétition
est reconnu par l’UIAA (Union internationale des associations d’alpinisme). En
2004 a été créée la Coupe du monde sous l’égide de l’International Ski
Mountaineering (ISMF).
Historique suisse du ski-alpinisme de compétition
La Suisse est aussi pionnière dans ce sport. La première Patrouille des
Glaciers s’est déroulée en 1943. Elle avait été conçue dans un contexte
militaire. Douze patrouilles quittèrent la cabane Schoenbiel (et pas de
Zermatt) et rejoignirent Verbier. Lors de la troisième édition en 1949, trois
guides périssent dans une crevasse et ceci entraîna la suppression de
l’épreuve. La Patrouille des Glaciers a été relancée en 1984 reliant Zermatt à
Verbier et se déroule tous les deux ans. Quant au fameux Trophée du Muveran, il
été créé en 1948. À l'heure de la rédaction de cet article, l’édition 2025 est
maintenu, malgré un nombre de participants insuffisant par rapport à son budget.
Dans les années 1990, avec deux passionnés de ski-alpinisme de
compétition (Raphy Frossard, Claude Defago
et moi-même), nous avons créé la Coupe Suisse. Il n’a pas été simple de réunir
les différentes épreuves existantes situées dans des régions parfois éloignées.
Nous avions contacté Swiss Ski qui avait trouvé l’idée excellente. Par contre,
Swiss Ski ne pouvait pas nous appuyer car cette fédération supervisait déjà
plusieurs sports d’hiver. Quant au Club Alpin Suisse, les dirigeants n’avaient démontré
aucun intérêt ! La Coupe Suisse a eu d’entrée un énorme succès. Nous avons
ensuite mis sur pied le championnat suisse et l’équipe suisse de ski-alpinisme
avec laquelle nous sommes devenus champions du monde en 2004 en Espagne. Nous
avons également créé des centres régionaux afin d’assurer la relève. Ces
différentes étapes ont nécessité de notre part un énorme investissement. Ayant
constaté ces grands succès, le Club Alpin Suisse nous a contacté afin que nous
intégrions leur structure. Nous avons accepté car de toute façon pour continuer
à être reconnu sur le plan international, il fallait faire partie d’une association
alpine reconnue par l’UIAA (Union internationale des associations d’alpinisme).
Ces dernières années, la participation à la Coupe Suisse a baissé. Ceci
est regrettable si nous considérons l’explosion de la randonnée à skis.
Probablement, beaucoup de populaires ne s’y retrouvent plus, tant le niveau est
maintenant élevé. A l’époque, nous travaillions sur deux axes essentiels, le
maintien de l’aspect populaire et le développement de l’élite.
Et que dire du ski-alpinisme de compétition aux Jeux Olympiques
d’hiver en 2026 ?
Je rappelle que le ski-alpinisme a été aux Jeux Olympiques entre 1924
et 1948 sous forme de patrouilles militaires. Ce sport reviendra aux Jeux
Olympiques en 2026. Le ski-alpinisme de compétition bénéficiera d’une certaine
audience.
Les points positifs
Comme cité, le ski alpinisme atteindra, grâce aux Jeux Olympiques, une meilleure
visibilité car ce sport est relativement peu médiatisé.
Les points négatifs
Aux Jeux Olympiques d’hiver, il n’y aura que deux épreuves, soit le
sprint et le relais-mixte. Ces deux compétitions dureront entre 3 et 15 minutes
avec très peu de dénivellation. Elles ne sont pas du tout représentatives de ce
sport. Du reste, elles ne correspondent pas à la définition du ski-alpinisme de
compétition (voir 1er paragraphe). Ce n’est plus du ski-alpinisme ! Etant encore moi-même impliqué dans ce sport et
fréquentant beaucoup de monde dans ce milieu, je reçois beaucoup de
commentaires allant dans ce sens, et ceci également par des athlètes de haut
niveau. Aux Jeux Olympiques d’été figure l’escalade sportive qui se déroule sur
des murs de grimpe. Or l’escalade peut se pratiquer partout, pas seulement en
montagne, comme mentionné sur des murs de grimpe en salle, des ponts, des
arbres… sur une armoire, etc. Donc, il serait totalement illogique de dénommer
cette activité aux JO Escalade sportive alpine. N’est-ce pas la même chose pour
le ski-alpinisme ? Le mot « alpinisme » n’est pas en adéquation
avec les épreuves aux JO. En poussant le raisonnement, ne fallait-il pas
changer la dénomination de ce sport aux JO ? En effet, les personnes qui
découvriront ce sport lors des JO n’arriveront pas à se faire une idée réelle
de ce qu’est le ski-alpinisme de compétition.
Rémi Bonnet, multiple champion du monde de ski-alpinisme, RTS, le
16 mars 2025 : « Notre sport n’évolue pas dans la bonne direction »
Quel avenir pour le ski-alpinisme de compétition ?
Au niveau des élites, la progression des performances a été incroyable
ces dernières années. Y a-t-il encore une amélioration possible ?
Certainement un peu, par contre, elles deviendront probablement minimes. Au
niveau suisse, il faut vraiment maintenir et/ou renforcer le côté populaire des
compétitions. En effet, comme déjà relevé, le nombre de participants a diminué,
des compétitions ont déjà disparu. En constatant la diminution de celles-ci, il
devient très difficile pour certains organisateurs d’équilibrer leur budget. Je peux toujours féliciter toutes les
personnes qui s’impliquent dans l’organisation d’une compétition car cela
demande beaucoup de motivation, de temps, d’énergie et de connaissances du
milieu alpin, bravo !
Les championnats du monde en 2025
Aux championnats du monde, les épreuves classiques représentant le
ski-alpinisme sont maintenues, et ceci fort heureusement ! A ce sujet,
nous pouvons féliciter tous les membres de l’équipe suisse qui ont vraiment
brillé lors de ces derniers championnats dans la région des Dents du Midi en
Suisse.
Romain Ducret
A participé durant de nombreuses années à la Coupe Suisse de
compétition
Co-fondateur avec Raphy Frossard et Claude Défago de la Coupe Suisse,
du Championnat suisse et de l’équipe suisse de ski-alpinisme de compétition
Membre durant de nombreuses années de la commission suisse de
ski-alpinisme, puis de la commission du Club Alpin Suisse du ski-alpinisme de
compétition, président de cette commission durant de nombreuses années
A participé à toutes les Patrouilles des Glaciers depuis 1984 (date de
la relance de la PDG)